« Artiste pluridisciplinaire, inclassable, expérimentant insatiablement, Paul Cox compte parmi les créateurs majeurs de son époque » ( Francine Foulquier, 2025)
Paul Cox est né à Paris en 1959 dans une famille de musiciens d’origine hollandais. Il fait des études d’histoire de l’art et de littérature anglaise dans le but d’enseigner et de devenir ce “peintre du dimanche pour qui chaque jour serait un dimanche” que décrit Dubuffet. Après un mémoire sur Laurence Sterne et une agrégation, il arrête l’enseignement, préférant faire, parallèlement à la peinture et la sculpture, des livres pour les enfants (Mon amour, Les aventures d’Archibald le koala sur l’île de Rastepappe, Cependant, Ces nains portent quoi ???????, entre autres) dont Histoire de l’Art, prix de la Foire de Bologne en 1999.
Son intérêt grandissant pour les Constructivistes et autres avant-gardes « qui faisaient de l’art à côté » l’encourage à poursuivre dans cette voie pluridisciplinaire.
Il créé de nombreuses affiches ( Opéra, Théâtres … ), des illustrations de presse, des logos et se passionne pour toutes les techniques d’impression, notamment la lithographie et la sérigraphie, qu’il utilise plus à des fins de production expérimentale que de reproduction.
Il conçoit aussi les décors et costumes pour bon nombre de pièces de théâtre, d’opéras ou de chorégraphies, notamment celles de Benjamin Millepied (Casse-Noisette, Petrouchka, Les Sylphides et Le Spectre de la Rose au Grand Théâtre de Genève, ou encore Amoveo pour l’Opéra Garnier).
Il édite également des jeux (Jeu de l’amour et du hasard et Sculptures alphabétiques) et créé des installations ludiques : Jeu de construction (Centre Pompidou), Méthode (LUX, Valence), Le Boulingrin de l’oncle Toby (Chaumont), Aire de jeu (Fotokino, Centre Pompidou, Creation Gallery G8 à Tokyo).
En 2019, il réalise une grande série de peintures de paysages : La Promenade (Musée royal de Mariemont), Chemin faisant (Bruxelles) et Cammin facendo (Corraini). (Source : Editions MeMo)
Aujourd’hui, les Editions MeMo republient ses premiers albums jeunesse, ainsi que sa monographie – initialement parue en 2018 – intitulée Paul Cox, art et design
Article
Paul Cox, L’Affaire du livre à taches ( éditions MeMo, octobre 2025)
L’Affaire du livre à taches est l’une des quatre aventures d’Archibald le koala (voir sur ce site), des textes de 1987, les premiers que Paul Cox écrivit et très différents de ce que l’auteur a publié plus récemment.
Ces premiers albums ravissent les lecteurs, génèrent un plaisir ludique dû sans doute aux énigmes à résoudre, à la spontanéité des dessins, à l’usage de l’écriture manuscrite, à l’apparente simplicité graphique, éléments de cette utopie heureuse. L’affaire du livre à tache apporte une double singularité.
La combinatoire ludique d’une mise en abyme

Voici pour le récit cadre.
Car tout le sel de cet album vient de sa construction, une mise en abyme des plus jubilatoires : un livre dans le livre. Alors débute le récit enchâssé qui n’est autre que celui qu’Archibald a écrit et est en train de relire : une de ses propres aventures de détective, une histoire dont il est le héros. On y découvre une rocambolesque histoire de cacatoès roublards, d’enfants espiègles, et, de surprises en coups de théâtre, l’histoire mal imprimée finit par déborder le récit encadrant. Vertige de la construction et des jeux graphiques, les récits aux rapports contenus/contenants sont menés tambour battant ! Archibald aura le fin mot de l’affaire et son livre sera réimprimé à temps pour Noël..
La poétique de la tache
Le lecteur surpris par la structure du récit, s’amuse des effets de résonance ou de miroir qui relient les histoires enchâssées, de la réitération du personnage d’Archibald dans chacune d’elles. Outre le plaisir joyeux de l’intrigue et du schéma narratif, la lecture de l’album laisse émerger une poétique singulière. L’écrivaine Abnousse Shalmani disait, enthousiaste : «Pour l’écrivain comme pour le lecteur, le seul lieu de liberté totale, c’est le roman». Cet espace de liberté, cette ouverture du champ de l‘imaginaire, on les trouve aussi à l’œuvre dans les albums de Paul Cox.
Ces aventures iliennes me font penser à certains grands récits ou mythes, en particulier la figure symbolique du labyrinthe crétois que je rapproche des combinatoires coxiennes ; et ne peux m’empêcher d’établir un lien entre les pérégrinations des héros antiques et le goût de l’auteur pour les cartes géographiques (Le jeu de l’amour et du hasard, Mantoue, 2000 ).
Dans les livres de Paul Cox tout fait sens, le contenu, le format, jusqu’à la technique d’impression. Dans L’Affaire du livre à taches celle-ci est au cœur de la création. Les accidents provoqués par l’expérimentation des enfants espiègles deviennent outils d’une architecture graphique, ils ouvrent des pistes vers des champs artistiques contemporains qui insèrent le hasard dans l’œuvre. J’y vois l’annonce des albums publiés quelques années plus tard par Paul Cox comme Ces nains portent quoi ??????? et autres livres d’artiste qui interrogent directement les codes de représentation, l’aléatoire.
L’Affaire du livre à taches comme les autres albums de Paul Cox forment des sortes d’ovni joyeux, pleins d’humour, tout en décalage et pas de côté ; ils sont une ode à l’enfance, à la création et au jeu.
Remerciements aux éditons MeMo pour cette réédition.
Voir aussi sur ce site : https://lelabalbums.com/critique/paul-cox-les-livres-territoires-de-jeu-et-dexperimentation/




