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Le Lab’ Albums met en lumière des albums, des œuvres, des artistes, des auteurs et des éditeurs divers.
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Grâce à notre regard croisé — narratif et artistique — nous valorisons l’impact culturel et éducatif de l’album.
Interviews, articles, partenariats questionnent les différentes facettes des albums. Nos galeries et expositions mettent en lumière le travail des artistes.

Éditorial : les voyages de François Place, interview

François Place est doublement à l’honneur, au printemps 2026,  avec une exposition personnelle à la Maison des Arts Solange-Baudoux d’Évreux, jusqu’au au 23 mai,  et quelques dessins à la Bibliothèque nationale de France  dans le cadre de l’exposition sur les Cartographies… L’occasion de lui poser quelques questions et de revenir sur le thème du Voyage et plus généralement des Ailleurs dans ses albums.

 

Le Lab’Albums : François, pourrais-tu nous dire quelques mots de ton exposition « les îles au trésor de François Place » à Évreux, et de ton choix d’œuvres prêtées à la BNF ?

François Place : A Évreux, le titre de l’exposition vient de Frédéric Bihel, auteur de BD et professeur à la Maison des Arts qui m’a invité à y présenter mes illustrations. On a découpé l’exposition en trois thèmes correspondant aux trois salles : quelques dessins d’enfance, les premières illustrations de documentaires sur la découverte du monde et les originaux des « Derniers géants », puis un espace central dédié à « l’atlas des géographes d’Orbæ » et enfin, dans la troisième salle , les illustrations d’albums plus récents comme « rois et reines de Babel » et « l’enfant, le peintre et la mer ».

 

A la BNF, grande et belle exposition sur les cartes imaginaires, ma contribution est très modeste, puisqu’elle concerne trois dessins de mon atlas : la carte du « O » (Orbæ) et deux illustrations accompagnant cette carte, choisies par Julie Garel, conservatrice des cartes et plans à la Bibliothèque nationale.  Cet atlas est un abécédaire géographique fait de 26 pays imaginaires, nous avons choisi le O parce qu’il est à peu près au milieu de l’alphabet et qu’il synthétise le projet de cet atlas : inventer une carte et l’explorer par un texte de fiction illustré.  

 

 Le Lab’Albums : « le livre des navigateurs, le livre des explorateurs, le livre des marchands » ( Découverte Cadet, Gallimard /1988-1990) trois remarquables livres-documentaires sont parmi tes premiers sur ce thème de l’Ailleurs …   

François Place : Ces premiers livres sur « la découverte du monde » étaient à la fois un projet et une commande. Je voulais au départ ne faire qu’un seul livre, qui a existé, mais Pierre Marchand m’a suggéré ensuite de développer ce thème, foisonnant, sur plusieurs livres. Cela m’a demandé un travail de documentation en bibliothèque, la lecture de nombreux récits de voyage, et une approche iconographique, notamment en m’intéressant à l’histoire de la cartographie et la représentation des paysages, des pays et des peuples au fil des siècles. 

Le LA :Viennent très vite ensuite  » Les derniers Géants » (co-édition Gallimard-Casterman, 1992) : l’exploration, le voyage et la découverte de l’Autre dans son prolongement philosophique et éthique sont au cœur de cet album-fable, véritable coup de tonnerre dans l’édition, énorme succès, devenu »un classique ». Extraordinaire tant par l’écriture que le dessin .. ..

F.P : « Les derniers Géants » est l’histoire d’une exploration à la fin du XIXème siècle, lorsque la découverte des continents et des principales îles est alors achevée et que ce grand mouvement de la mondialisation initié par l’Europe est accéléré par l’enrichissement dû à ces découvertes et aux progrès techniques. La colonisation amorcée avec les  grands voyages du XV ème siècle s’est amplifiée et la course entre les empires coloniaux les engage dans une compétition féroce. les motivations n’ont malheureusement pas changé aujourd’hui : c’est pour l’essentiel, de la prédation brutale, violente et cynique, pour s’accaparer des territoires et leurs richesses au détriment des populations qui y vivent. Mais il y a aussi quelques explorateurs solitaires qui pensent simplement faire avancer la science en apposant leur nom sur une découverte géographique ou ethnographique majeure qui marquera l’histoire. Mon héros, Archibald Leopold Ruthmore, appartient à cette catégorie d’aventuriers scientifiques et excentriques dont l’Angleterre a fourni un grand nombre. Il est assez riche pour financer son expédition et il compte sur les sociétés savantes pour lui donner du retentissement. Il ne se préoccupe pas des conséquences de son intrusion chez un peuple de géants qui mènent une existence paisible, isolés et protégés du reste du monde par une barrière montagneuse. Malgré lui, il entraîne leur destruction en voulant révéler à tout prix les secrets de ce pays inconnu …

Concrètement, j’avais imaginé ce faux récit de voyage comme une suite de paysages et de scènes dans un story board muet de 36 vignettes successives. Je ne pensais pas forcément écrire de texte. Puis, deux ou trois ans plus tard, j’ai découpé et collé un agrandissement de chaque vignette sur les pages de droite d’un carnet, en réservant les pages de gauche pour l’écriture du conte. on peut dire que toute la narration est d’abord venue du dessin. 

Le LA : Peu après, sortent successivement les trois tomes de « l’Atlas des Géographes d’Orbæ » ( Casterman, entre 1996-2000)  Aujourd’hui regroupés en un seul gros volume, véritable monument, traduit dans de nombreux pays, une référence toujours d’actualité. Atlas encyclopédique  imaginaire de 26 pays…  

F.P : C’est un peu le prolongement naturel des documentaires dont nous avons parlés et de cet album : cela me plaisait d’imaginer une collection de pays en me déportant aux époques où l’on pouvait encore « rêver » la planète, s’étonner ou s’émouvoir de l’étrangeté des mœurs à travers le monde, vivre autrement un rapport aux plantes et aux animaux, s’émerveiller devant des paysages totalement inconnus. L’alphabet m’a semblé être une porte d’entrée intéressante, puisqu’il est à la fois totalement arbitraire et totalement cohérent. 

Le LA : Lui feront suite maints autres albums ou fictions qui nous transportent dans des espaces-temps divers aux quatre coins du monde : Afrique, Asie, continents imaginaires …

Les points de départ de ces albums ne sont pas liés spécifiquement à la géographie. « Le prince bégayant » ( Gallimard, 2006), était au départ un conte devant accompagner une chorégraphie et un spectacle de danse, centrés sur le langage ; « le vieux fou de dessin » (Gallimard, 2001), vient de l’envie de parler d’Hokusaï, un des grands maîtres de l’estampe japonaise, en imaginant son amitié avec un petit garçon qu’il engage comme apprenti dans son atelier. Quant à « Rois et reines de Babel » (Gallimard, 2020), c’est une peinture du XVI ème siècle créé par le peintre flamand Bruegel, « la tour de Babel », qui m’a donné envie d’inventer une dynastie à la tête de cette tour, qui est à la fois une ville en perpétuelle construction, un royaume bâti au bord de la mer et la métaphore d’une civilisation. Mon dernier album, qui s’appelle « l’enfant, le peintre et la mer »(Pastel, 2023), évoque la rencontre entre un jeune garçon et l’artiste Ricardo Cavallo, un grand peintre dont le cinéaste Barbet Schroeder a fait un portrait magnifique dans son film « Ricardo et la peinture ». 

Le LA : l’ écriture est aussi au cœur de ton œuvre. Peux-tu nous dire quelle place elle tient dans ton travail ?

F.P : L’écriture d’album est très contrainte par l’espace consacré aux images et par le faible nombre de pages. Au mieux, on peut écrire un texte au format d’une courte nouvelle, et l’histoire est nécessairement découpée pour s’adapter au rythme des pages. Dans un roman (j’hésite à utiliser le mot), l’écriture peut courir et se développer de façon beaucoup plus libre, sans autre limite que celle donnée par la fin de l’histoire, quelque soit le nombre de pages nécessaires. La première histoire que j’ai écrite sous forme de roman s’appelle « la douane volante » (Gallimard, 2010), c’est une histoire fantastique, une sorte de saut dans le temps qui s’appuie sur la légende bretonne de l’Ankou.

Le LA : Écriture, Lecture vont de pair. Aurais-tu en mémoire quelques livres « clés », sésames pour toi vers ces Ailleurs

J’ai plaisir à lire de la littérature de voyage peut-être parce que je suis un piètre voyageur. L’œuvre de Nicolas Bouvier, notamment son grand récit « l’usage du monde » m’a emporté dès les premières pages et j’aime cette sensation de découvrir des paysages et des rencontres au travers des yeux d’un autre. Des livres comme « le désert des tartares » de Dino Buzzati ou « le rivage des Syrtes » de Julien Gracq me procurent cette même sensation de dépaysement et d’étrangeté, hors du temps et loin de tout ce qui fait notre quotidien.

Le LA : Et entre Lecture, Écriture, Dessin, quels sont les projets en cours ..

J’avance tout doucement sur d’autres histoires qui s’appuient sur ce double décalage d’un « ailleurs » dans le temps et d’un « ailleurs » dans l’espace, sous forme de contes illustrés

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Pour retrouver François Place et quelques uns de ses albums sur notre site , C’EST ICI

Photos des salles de l’exposition « les îles au trésor de François Place » – © François Place / © Carole Guimbail 

  • Informations pratiques :
  • Exposition « les Iles au trésor de François Place »,
  • Maison des arts Solange-Baudoux, Place du Général de Gaulle, 27 000 Evreux
  • Du mardi au samedi de 10h à 12h30 et de 14h à 18h
  • tel : 02 32 78 85 40
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