Poncelet Béatrice

Béatrice Poncelet est née en 1947, en Suisse à Neuchâtel ; Aujourd’hui elle travaille et vit en France .

Après des études secondaires, Béatrice Poncelet a étudié ( entre autres la typographie) aux Arts décoratifs de Genève, avant de se former à la gravure à Londres, puis à la tapisserie en volume en Italie. Elle a enseigné le dessin en Suisse de 1968 à 1972, le cinéma d’animation à l’INA à Paris de 1973 à 1977, et au début des années 1980, a créé un atelier d’expression graphique pour enfants et adultes dans la région parisienne, qu’elle a animé et dirigé une trentaine d’années. 

Parallèlement, en une vingtaine d’albums, elle a créé une œuvre tout à fait singulière, qui a lui a valu de nombreux prix, ainsi que l’intérêt de chercheurs et universitaires un peu partout dans le monde.

Chaque livre de Béatrice Poncelet est une œuvre unique et « à part »; d’abord par l’écriture extrêmement travaillée pour trouver le mot juste, par les multiples références iconographiques, littéraires et musicales, par le format de l’objet-livre, la mise en page, la typographie, le choix du papier.  L’ensemble étant déjà totalement élaboré en maquette (le plus souvent en leporello), chacune, véritable livre d’artiste.

Principaux repères bibliographiques:

je, le loup et moi … la Joie de Lire, 1988

T’aurais tombé, Syros-Alternatives, 1989

Chut ! elle lit , Seuil Jeunesse, 1995

Chez elle ou chez elle, Seuil jeunesse, 1997

Chaise ou café, Seuil jeunesse, 2000

... et la gelée, framboise ou cassis ? , Seuil jeunesse, 2001

Les cubes, Seuil jeunesse, 2003

Semer, en ligne ou à la volée, Seuil jeunesse, 2006

Le panier, l’immense panier, Seuil jeunesse, 2008

Non ! Ou l’envol , Seuil jeunesse, 2010

Dans la véranda, l’art à la page, 2011

Miroirs, Thierry Magnier, 2014

 

Pour en savoir plus , très bon document à écouter, sur le site de la BNF – CNLJ  : https://www.bnf.fr/fr/mediatheque/dynamiques-de-la-memoire-et-du-souvenir-chez-beatrice-poncelet

Article

Béatrice Poncelet, sur un regard

Écrire un texte sur Béatrice Poncelet … perplexité ! réflexion !

L’évoquer, in situ, face à un accrochage de ses œuvres, évidemment …tant de choses à en dire  … même si la « vérité » d’une œuvre est toujours parcellaire …  mais écrire de façon abrupte, mettre toutes ces idées souvent abstraites et qui se bousculent en ordre !

Ceci est une tentative, une sorte de répétition, une « générale » avant spectacle.  

Sachant que tout propos est subjectif, lié à un je ne sais quoi de soi-même ….

 

Béatrice Poncelet, première approche expérimentale ….

Faire comme si je ne connaissais pas, ni l’œuvre, ni la personne ; aller vers une première découverte . Pour cela j’étale ses livres, ses albums devrais-je dire ; je regarde ; je feuillète.

Le format : souvent étroit et haut, en écho à la nature, au jardin, aux fleurs, à ce qui pousse ; ou étroit et large  à l’italienne ; une fois ouvert, devenant un vaste panorama pouvant contenir toute une vie . Mais peu d’uniformité, surtout pas. Chaque format est réfléchi et répond à la nécessité du propos.

Les couvertures se déploient  recto-verso, graphiques et très colorées. Je cherche le nom de l’auteure … en très petit, parfois dans le reflet d’un miroir, dans un coin, ou quasi ton sur ton . Ce n’est pas ce qui lui importe, semble t-il . Et pour déchiffrer le titre… et le sous-titre, il faut être attentif et perspicace, car la typo fait souvent partie de l’image, et les lettres se baladent à leur gré. Tout ça a un petit côté rébus ou jeu de piste, déjà !

Et les pages, combien de pages ? 48 pages. Parfois plus, parfois moins. Pas de pagination, les chiffres préfèrent s’immiscer éventuellement dans l’image

 

Béatrice Poncelet, l’image totale …

 Les couvertures de livres ont plusieurs fonction, liées au regard ; Elles interpellent, font appel au désir du lecteur potentiel, valable pour tous les âges ; désir d’en savoir plus, de tourner les pages, curiosité, désir de posséder ; de là leur importance. Celles de Béatrice Poncelet,  toutes différentes, ont pourtant un point commun : rien n’est anecdotique ou créé au prétexte de la seule esthétique . Une porte ouverte, des ombres sur des voilages, d’élégantes chaussures de femme négligemment déposées sur le sol , le regard de l’ogre de Poucet et la peur qu’il engendre, un jardin assorti de croquis mathématiques, un corps d’enfant aux doigts plein de peinture …

Passée la couverture, oubliée la page de titre ( souvent inexistante), on aborde le contenu de l’album dont l’essence est un texte et des illustrations en lien, censées apporter une vision descriptive, complémentaire ou décalée, autre. Mais peut-on vraiment parler d’illustrations ? plutôt de compositions graphiques utilisant des mediums multiples en fonction du propos ainsi qu’une large palette de couleurs.

Béatrice Poncelet travaille par doubles pages pour donner toute l’ampleur possible ; le récit, toujours dense, est travaillé en amont. Les images viennent ensuite et le tout s’imbrique, chaque élément ayant une place très précise.

Et c’est là qu’intervient toute l’alchimie de l’artiste, créatrice et chef d’orchestre, dans cet entrelacs très personnel de mots et d’images qui fait de chaque album une œuvre à part entière.

Au-delà des paragraphes, les mots et phrases sont regroupés en pavés pour devenir des formes graphiques ; d’autres mots ou lettres s’échappent, s’égrènent dans la page, deviennent image, d’autres se cachent ou se perdent ; c’est au lecteur de déchiffrer la part manquante !

Quant aux choix typographiques, ils sont signifiants – choix de police, taille de caractères, interlignage – et induisent une compréhension sous-jacente de la lecture . Rien, absolument rien n’est laissé à l’improvisation, ou à l’envie d’un effet de l’ordre du « joli ».  

Mais les images, que représentent-elles, de quoi sont-elles faites ? de beaucoup d’éléments ayant trait à l’enfance ; des jeux, des jouets d’hier et d’aujourd’hui, des livres eux-mêmes illustrés, des héros bien connus échappés des pages. Signes de nostalgie ou souhait de transmission ?  et … des ombres, des chaussures (traces humaines), des fleurs, des corbeilles de fruits dans la grande tradition des natures mortes …

Je cherche les portraits d’un « Je » omniprésent, d’un «Tu» ; ils sont quasi inexistants … cachés à leur tour derrière les mots, ou esquissés, à peine. Parfois un regard, une photo. Subtilité ? Pudeur ? du grand art …

 

Béatrice Poncelet, une œuvre d’écriture, une Vie de femme

Paradoxalement, rêver à une édition complète de ses textes !

qui mettrait ainsi en lumière son style limpide et épuré, marqué graphiquement par son abondant recours à la ponctuation ; Nécessité de mettre en lumière, en exergue, ou geste graphique ? 

Une édition qui serait en quelque sorte le roman d’une Vie de Femme, véritable cohérence d’une œuvre dont chaque album est à lui seul un opus.

Ainsi, sans rien savoir, sans que rien ne soit dit, vrai ou faux, on décèle une pudique image masculine dans Chaise ou café, l’évocation de figures de l’enfance, aimées ou détestées  dans Chez Elle ou chez elle,  des questions de l’adolescence dans Framboise ou cassis ?, du temps qui marque, de la vieillesse et de la maladie dans Les cubes, de l’enfant qui grandit jusqu’à devenir adulte dans semer , de la joie d’être grand parent alors que sa propre vie se ternit dans le Panier, de la filiation dans Miroirs

Rien de l’ordre de l’imaginaire dans ces écrits ; Béatrice Poncelet ne raconte pas des histoires, mais son histoire, filtrée au travers d’un tamis, afin d’en extraire l’universalité, miroir tendu aux lecteurs de tous âges.

L’écriture comme une exigence , comme un désir de partage, comme une transmission.

 

Béatrice Poncelet, une œuvre d’écriture, le monologue à plusieurs voix …

 Si le « Je » sous-tend l’ensemble de l’écriture, il ne s’agit pas pour autant d’un récit linéaire qui ferait des albums un long monologue . Bien d’autres protagonistes sont présents, le « Tu » de l’enfant, le Elle, le Il, Ils, le On, le Nous … pronoms personnels et impersonnels qui jouent sur les mots, sur l’absence-présence, parfois sur le sexe. S’instaure un dialogue traité comme un récit. C’est parfois au lecteur attentif de deviner qui est qui, qui dit quoi. Béatrice Poncelet lui fait confiance, le rend « acteur » de sa lecture, libre de son interprétation ; Trait tout à fait particulier et reconnaissable de son écriture dans ces présences évanescentes. Respect de l’autre. 

 

Béatrice Poncelet, la maquette comme livre d’artiste …

 Il existe différents formats de livres d’artistes, et aujourd’hui différentes appellations …

Mais si j’en reste au fait que le livre d’artiste est souvent création unique, totalement de la main de l’artiste, les maquettes de Béatrice Poncelet en sont.

Incroyable et improbable, chacune est une pièce de musée ! qui se déploie comme un vaste leporello . Tout y est ébauché, texte et image déjà en place, avant la réalisation finale.  La maquette est le matériau vivant préalable, l’œuvre avant qu’elle ne devienne livre.

 

Béatrice Poncelet, chaque album est un opéra …

 La musique sous tend l’œuvre de Béatrice Poncelet.

Dans Chez Elle ou chez elle, Chez Lui, il y a un piano et des partitions, Schubert et Stravinsky ; dans la véranda également … des sons arrivent à l’oreille de la narratrice qui

essaie de lire alors qu’elle est déjà submergée par ses pensées et les conversations  autour d’elle .

Ici, partout, tout comme la lecture et les livres, la musique accompagne la vie.

Intensément.  la musique de chambre mais aussi l’opéra, art complet et exigent, en analogie avec les albums de Béatrice Poncelet, dont chacun serait une partition imagée mise en scène.

Au-delà, dans un futur proche peut-être … des maquettes prendront le chemin du livre. Un coffret et ses quatre livrets …un livre recto-verso à plusieurs points de vue, un livre en noir qui se passe dans la nuit, rien de triste …

Admiration !

ELLE qui sait toujours être elle-même et pourtant toujours se renouveler                                    

 Mth Devèze, article pour la revue des livres pour enfants, février 2020)

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Iconographie ( dans l’ordre de l’article):

couverture : dans la véranda, l’art à la page, 2011  , couverture : les cubes, Seuil jeunesse, 2003 / deux pages : dans la véranda / illustration intérieure : Chut ! elle lit … , Seuil jeunesse, 1995 / couverture : Chez Elle ou chez elle, Seuil jeunesse, 1997 / maquette originale inédite : La mue, 2017-2018 .