Julie Safirstein est une artiste visuelle, née en 1977. Elle est Diplômée de l’Institut Supérieur des Arts Appliqués de Paris en graphisme & illustration et de l’École Supérieure des Beaux-Arts de Marseille, section peinture.
Son travail s’articule autour de la couleur et se développe dans différents champs : peintures, éditions, design d’objets et scénographies. Nombre de ses œuvres jouent sur la frontière mouvante de la perception : selon le point de vue ou l’éclairage, ce que l’on voit change, fluctue. C’est tout un espace poétique qui s’ouvre ainsi au petit lecteur.
Pour en savoir plus : https://www.juliesafirstein.com/
- photo de l’artiste : Éditions des Grandes Personnes © Maurizio Pighizzini
Les albums
Article
Bienve
Éditions La Partie, septembre 2026
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Dans cet album sans page de titre, sans marge, sans texte, les images pleine page projettent le lecteur directement dans le cours de l’histoire, l’entrainant d’un lien visuel ou sémantique à un autre dans une narration graphique à grande vitesse : emménagement d’un couple, installation d’une chambre de bébé, maternité, entrée en crèche, à l’école, adolescence, départs, retours, transformations. A chaque étape une porte est franchie, champ et hors-champ, temps suspendu entre ce qui précède et ce qui commence.
Un choix exigeant de couleurs, le velouté du papier, l’intensité des couleurs et la qualité de l’impression rendent au plus juste l’atmosphère feutrée et la lumière au récit.
On s’amuse à repérer sur les pages des références littéraires ou artistiques. Des détails auxquels on n’avait pas prêté attention en première lecture ressurgissent quelques pages plus loin et font place à des récits restés dans la marge. Alors on relit, partagé entre la recherche de nouveaux indices et le plaisir du voyage graphique.
L’album évoque la venue d’un bébé mais pas seulement. Bienvenue apparait comme un territoire traversé d’histoires, de circulations, une géographie faite de liens et il inscrit la création dans un temps long, à l’échelle d’une vie. Je repense au regretté poète Jean Hughes Malineau à qui, lors d’une rencontre que j’organisais, des enfants demandèrent combien de temps il avait mis pour écrire un poème, il répondit «toute ma vie».
Sous un regard bienveillant qui court tout au long du récit, l’album Bienvenue explore comment se construit une création, nous parle de transmission, reliant les temps de la vie.
Chacun des albums du duo Ramstein et Arégui est une surprise, tout n’est que jeux de lignes et de regards. Sur le thème du temps, on se souvient de La Perle, éd. La Partie, 2021, cette histoire de perle qu’une pie vole et transporte dans un nid, puis qu’un chat dérobera, etc … et qui déroule «une boucle narrative à l’échelle d’une vie qui nous fait traverser le monde» écrivait l’éditeur.
Dans Avant Après, éd Albin Michel-Trapèze, 2013, les auteurs s’attachaient d’une autre manière au temps, les deux pages du livre en vis-à-vis suggéraient l’action qui se déroulait en dehors de la page et qui «avait glissé», disparue dans la pliure du livre, convoquant l’absence, appelant le lecteur à reconstituer l’histoire manquante.
Avec Bienvenue ils composent une riche et singulière trilogie.
© Francine Foulquier, 13.09.2026
Article

Éditions Les Grandes Personnes, aout 2026
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Une paréidolie est cette capacité à distinguer des formes claires sur des supports inattendus tels sur les nuages, des rochers, des taches, des traces.
Dans l’album éponyme de Julie Safirstein les couleurs semblent être épandues sur la page comme des taches ou des coulures nées d’un geste non maitrisé et qui se seraient propagées sur le papier. Il n’en est rien bien entendu, car ici tout est combinatoire.
Livre d’artiste et livre jeu, sur les sept doubles pages, comme les sept jours de la création du monde, naissent par rencontre et recouvrement des formes de pure couleur dont on perçoit le potentiel à se métamorphoser. Album ludique, on cherche dans l’abstraction des figures familières, on reconnait le petit point de l’œil qui peut tout aussi bien figurer un astre, le rond de l’ADN ou le plein et le vide. Les formes se chevauchent, se superposent. Embossées ou vernissées à leur point de rencontre, elles donnent naissance ici à un poisson, là à un oiseau. Car dans Paréidolie, lire c’est tout autant regarder, deviner, toucher, éprouver, convoquer ses autres sens, s’amuser.
Comme chaque œuvre de l’artiste, « Paréidolie » s’inscrit dans une recherche artistique plus vaste où la couleur et le mouvement sont au cœur de l’œuvre. Je pense aux «Poésies dessinées» (Maeght éditions) , ainsi qu’à « Le Jour la nuit tout autour » (Hélium éditions), premières publications inscrivant déjà formes colorées et poésie dans l’espace ; mais surtout je me réfère à ses travaux artistiques sur la lumière débutés avec les halos colorés des «Lux» rhizomiques, appels à l’infinitude ; je pense à l’exploration cosmogonique de la «Forêt lunaire» réalisée pour Hermès-Paris Sèvres, aux éclosions volumétriques de «Bloom» et «Village» (éd du Livre), …
Une recherche qui s’énonce par œuvres diversifiées mais toutes inscrites dans une continuité «définitivement inachevée» pour reprendre les mots des artistes et des poètes.
Francine Foulquier pour Le Lab’Albums, aout 2026



