Chris Van Allsburg est né en 1949 dans le Michigan, Etats-Unis. Très jeune, il affirme un don certain pour le dessin et commence pourtant des études de droit à l’université du Michigan avant les beaux-arts et l’obtention d’un diplôme de sculpture à la Rhode Island School of Design. Il présente son dossier à un éditeur de Boston. Quelques mois après, en 1979, paraîtra Le Jardin d’Abdul Gasazi, son premier livre pour les enfants. Depuis, il est devenu un des grands illustrateurs de son époque aux États-Unis et a reçu à deux reprises la Caldecott Medal, distinction la plus importante pour le livre de jeunesse aux États-Unis (pour Jumanji en 1982 et pour Boréal Express en 1986). Sculpteur, peintre, il a exposé ses travaux dans des galeries et musées, notamment les célèbres MOMA et Whitney Museum. Professeur de faculté, il enseigne l’illustration à la Rhode Island School of Design.
L’univers de Chris Van Allsburg
Belles, mais aussi insolites, étranges, fantastiques, troublantes, angoissantes, fascinantes, photographiques, oniriques, terrifiantes et familières, irréelles et pourtant hyperréalistes, tels sont les qualificatifs qui s’appliquent couramment aux illustrations de Chris Van Allsburg. La technique qui lui permet d’envoûter à ce point ses lecteurs n’appartient qu’à lui. Avec modestie, il l’attribue aux hasards de sa formation et de son mode de vie : Le noir et blanc ou le sépia ? Les cadrages inhabituels, les éclairages surgis de nulle part, l’atmosphère mystérieuse de ses dessins ? C’est parce qu’il admire surtout des peintres, Vermeer pour son utilisation des sources de lumière, Piranese pour la perspective, Caspar David Friedrich pour l’atmosphère, Edward Hopper pour le réalisme, Magritte pour le surréalisme… L’épaisseur granuleuse, presque palpable des objets, leur présence, les attitudes pétrifiées, impassibles de ses personnages ? C’est qu’avant de dessiner, Chris Van Allsburg a été sculpteur. Mais son atelier était loin, il ne pouvait pas travailler à la maison (il est marié et a une fille). Alors il a tout simplement « intégré » la sculpture à ses dessins, toujours de très grande taille, au fusain, au crayon, au doigt, à la gomme, à la paume de la main, pétris, frottés, grattés, polis, peaufinés, effacés, étalés, modelés comme une pâte. Mais très loin de se satisfaire d’un « art pour l’art », Van Allsburg est aussi un grand « moraliste » et un conteur aux fables « édifiantes », au sens premier du terme. Quant à la forme, il suggère, propose, amorce. Un bateau à voiles s’envole par-dessus les toits. Pourquoi ?(« L’épave du Zéphyr »). Un vrai lion, des singes et des rhinocéros sortent d’un jeu de société pour envahir le salon. Comment ?(« Jumanji »). «Mon objectif, dit-il, est d’obliger le lecteur à réfléchir, et même à travailler, comme devant un puzzle ou une énigme. Mes histoires ne sont pas celles où tout est dit et où, à la fin, tout s’éclaircit gentiment.» Sa conviction est que tout lecteur est un créateur potentiel : un titre, une phrase, une image à chaque double page des « Mystères de Harris Burdick », et l’imagination du lecteur, enfant ou adulte, n’a plus qu’à se déployer. Quant au fond, les méchants sont toujours punis (« Une figue de rêve », « Le balai magique »), ceux qui ont gardé en eux l’esprit d’enfance, sa générosité, sa capacité d’émerveillement, toujours récompensés (« Boréal-Express », « Le balai magique » encore ) et une toute petite prise de conscience peut peut-être changer de grandes choses, comme dans l’écologique « Ce n’est qu’un rêve ». Les albums de Chris Van Allsburg sont des parcours initiatiques anticonformistes dont les véritables épreuves sont la vie elle-même et ses rêves. Cette étanchéité des frontières entre songe et réalité, il la met en scène avec tant de conviction parce qu’il en a lui-même éprouvé les richesses : entré à l’Université pour entreprendre des études de droit, il en est sorti au bout de cinq ans avec un diplôme de sculpture… Et à la Rhode Island School of Design où il enseigne à présent, son cours s’intitule « Dessinez votre paysage intérieur ». Il y explique à ses élèves que l’imagination prime sur la technique. Juste avant d’exiger d’eux une exécution parfaite, au doigt et à l’œil.
In / Sophie Chérer. Extrait de L’Album des Albums, l’école des loisirs, 1997.

