Francine Foulquier le 19 septembre 2026
Bienve
nue, de Anne Margot Ramstein & Matthias Arégui
Éditions La Partie, septembre 2026
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Dans cet album sans page de titre, sans marge, sans texte, les images pleine page projettent le lecteur directement dans le cours de l’histoire, l’entrainant d’un lien visuel ou sémantique à un autre dans une narration graphique à grande vitesse : emménagement d’un couple, installation d’une chambre de bébé, maternité, entrée en crèche, à l’école, adolescence, départs, retours, transformations. A chaque étape une porte est franchie, champ et hors-champ, temps suspendu entre ce qui précède et ce qui commence.
Un choix exigeant de couleurs, le velouté du papier, l’intensité des couleurs et la qualité de l’impression rendent au plus juste l’atmosphère feutrée et la lumière au récit.
On s’amuse à repérer sur les pages des références littéraires ou artistiques. Des détails auxquels on n’avait pas prêté attention en première lecture ressurgissent quelques pages plus loin et font place à des récits restés dans la marge. Alors on relit, partagé entre la recherche de nouveaux indices et le plaisir du voyage graphique.
L’album évoque la venue d’un bébé mais pas seulement. Bienvenue apparait comme un territoire traversé d’histoires, de circulations, une géographie faite de liens et il inscrit la création dans un temps long, à l’échelle d’une vie. Je repense au regretté poète Jean Hughes Malineau à qui, lors d’une rencontre que j’organisais, des enfants demandèrent combien de temps il avait mis pour écrire un poème, il répondit «toute ma vie».
Sous un regard bienveillant qui court tout au long du récit, l’album Bienvenue explore comment se construit une création, nous parle de transmission, reliant les temps de la vie.
Chacun des albums du duo Ramstein et Arégui est une surprise, tout n’est que jeux de lignes et de regards. Sur le thème du temps, on se souvient de La Perle, éd. La Partie, 2021, cette histoire de perle qu’une pie vole et transporte dans un nid, puis qu’un chat dérobera, etc … et qui déroule «une boucle narrative à l’échelle d’une vie qui nous fait traverser le monde» écrivait l’éditeur.
Dans Avant Après, éd Albin Michel-Trapèze, 2013, les auteurs s’attachaient d’une autre manière au temps, les deux pages du livre en vis-à-vis suggéraient l’action qui se déroulait en dehors de la page et qui «avait glissé», disparue dans la pliure du livre, convoquant l’absence, appelant le lecteur à reconstituer l’histoire manquante.
Avec Bienvenue ils composent une riche et singulière trilogie.
© Francine Foulquier, 13.09.2026

