Francine Foulquier le 2 décembre 2025
Paul Cox, L’Affaire du livre à taches ( éditions MeMo, octobre 2025)
L’Affaire du livre à taches est l’une des quatre aventures d’Archibald le koala (voir sur ce site), des textes de 1987, les premiers que Paul Cox écrivit et très différents de ce que l’auteur a publié plus récemment.
Ces premiers albums ravissent les lecteurs, génèrent un plaisir ludique dû sans doute aux énigmes à résoudre, à la spontanéité des dessins, à l’usage de l’écriture manuscrite, à l’apparente simplicité graphique, éléments de cette utopie heureuse. L’affaire du livre à tache apporte une double singularité.
La combinatoire ludique d’une mise en abyme

Voici pour le récit cadre.
Car tout le sel de cet album vient de sa construction, une mise en abyme des plus jubilatoires : un livre dans le livre. Alors débute le récit enchâssé qui n’est autre que celui qu’Archibald a écrit et est en train de relire : une de ses propres aventures de détective, une histoire dont il est le héros. On y découvre une rocambolesque histoire de cacatoès roublards, d’enfants espiègles, et, de surprises en coups de théâtre, l’histoire mal imprimée finit par déborder le récit encadrant. Vertige de la construction et des jeux graphiques, les récits aux rapports contenus/contenants sont menés tambour battant ! Archibald aura le fin mot de l’affaire et son livre sera réimprimé à temps pour Noël..
La poétique de la tache
Le lecteur surpris par la structure du récit, s’amuse des effets de résonance ou de miroir qui relient les histoires enchâssées, de la réitération du personnage d’Archibald dans chacune d’elles. Outre le plaisir joyeux de l’intrigue et du schéma narratif, la lecture de l’album laisse émerger une poétique singulière. L’écrivaine Abnousse Shalmani disait, enthousiaste : «Pour l’écrivain comme pour le lecteur, le seul lieu de liberté totale, c’est le roman». Cet espace de liberté, cette ouverture du champ de l‘imaginaire, on les trouve aussi à l’œuvre dans les albums de Paul Cox.
Ces aventures iliennes me font penser à certains grands récits ou mythes, en particulier la figure symbolique du labyrinthe crétois que je rapproche des combinatoires coxiennes ; et ne peux m’empêcher d’établir un lien entre les pérégrinations des héros antiques et le goût de l’auteur pour les cartes géographiques (Le jeu de l’amour et du hasard, Mantoue, 2000 ).
Dans les livres de Paul Cox tout fait sens, le contenu, le format, jusqu’à la technique d’impression. Dans L’Affaire du livre à taches celle-ci est au cœur de la création. Les accidents provoqués par l’expérimentation des enfants espiègles deviennent outils d’une architecture graphique, ils ouvrent des pistes vers des champs artistiques contemporains qui insèrent le hasard dans l’œuvre. J’y vois l’annonce des albums publiés quelques années plus tard par Paul Cox comme Ces nains portent quoi ??????? et autres livres d’artiste qui interrogent directement les codes de représentation, l’aléatoire.
L’Affaire du livre à taches comme les autres albums de Paul Cox forment des sortes d’ovni joyeux, pleins d’humour, tout en décalage et pas de côté ; ils sont une ode à l’enfance, à la création et au jeu.
Remerciements aux éditons MeMo pour cette réédition.
Voir aussi sur ce site : https://lelabalbums.com/critique/paul-cox-les-livres-territoires-de-jeu-et-dexperimentation/

