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Francine Foulquier le 19 août 2026 

 

FRioul FRioul,  de Ramona Badescu et Fanny Dreyer

Éditions Le Port a jauni, 2026 ____________________________________________

On connait Ramona Badescu, l’autrice des fameux Pomelo aux éd. Albin Michel jeunesse, mais aussi le merveilleux La Vie sous les étoiles/éd. La partie ; elle publie des romans, des pièces de théâtre tel le remarquable  Moi Canard publié par les éd. Cambourakis, des poèmes, elle traduit les textes de Judith Kerr ; cinéaste,  elle réalise des films documentaires, citons L’Ordre de choses. https://www.ramona-badescu.com/bibliographie

Aux éditions Le Port a jauni, Ramona Badescu publie essentiellement des poèmes, qu’elle met en dialogue avec l’illustration bien sûr mais aussi avec la langue arabe. L’écriture est ici saisie comme un mouvement, un déplacement, une relation à l’espace, à la Méditerranée.

De ces îles tout près de Marseille, des poèmes de Ramona Badescu et illustrations de Fanny Dreyer,  l’éditeur écrit : «Les poèmes suivent la courbe du soleil du lever au coucher, du moment où l’archipel émerge de la nuit au moment où il y plonge».

Écrit tout au long de la marche, les mots s’égrainent, tels les stations d’un voyage, les pièces d’un tout éclaté. Résonnent à mes oreilles les mots de Dubuffet «Tout est paysage, en ce sens que tout est composition, tout est quête d’une unité perdue».

Merci Ramona pour la lumière et le soleil inclus dans l’œuvre,  pour «les chemins qui s’étirent», «la solitude lente», «la roche déchirée», ces fragments comme des éclats, ces instants chapardés au vivant, sensations  fortes, car dans ces poèmes il ne s’agit pas de regard mais d’éprouvé, de jaillissement d’une histoire ilienne, d’éclats de vie  beaux et rudes, jusqu’à ce qu’au bout du chemin, une amplitude inattendue apparaît avec le coucher du soleil et le départ des touristes. «L’éternité c’est la mer allée avec le soleil» écrivait le jeune Rimbaud. Et la langue de Ramona Badescu à un moment change, enfle, plus mature, ample, avec les trois poèmes de fin «Paillettes Frioul,» «A bientôt», «Le grand cinéma du large». Alors on comprend que les textes déposés sur la page composent un grand tout. Et le jour fut.

Les images de Fanny Dreyer, entre herbier, carnet d’artiste, tableaux, disent le détail en même temps que le vaste, le fragile autant que le rude. Avec des couleurs fortes et denses – comme s’il fallait  cela pour résister à la dureté des grands éléments –  l’artiste dérobe des instants de grâce, éphémères, des éblouissements. L’écho entre les peintures et les mots tresse de nouvelles images, vibrantes comme un mirage que des pastilles colorées viennent troubler.

Traduction en arabe du poète kurde syrien Golan Haji  (bilinguisme principe de la collection du Port a jauni)

A partir de 6 ans et pour tous

Francine Foulquier pour Le lab’Albums, aout 2026