le 28 avril 2026
François Place est doublement à l’honneur, au printemps 2026, avec une exposition personnelle à la Maison des Arts d’Évreux, d’une part, et quelques dessins à la Bibliothèque nationale de France dans le cadre d’une vaste exposition sur les Cartographies Imaginaires, d’autre part … L’occasion de lui poser quelques questions et de revenir sur le thème du Voyage et plus généralement des Ailleurs dans ses albums.

François Place : A Evreux, le titre de l’exposition vient de Frédéric Bihel, auteur de BD et professeur à la Maison des Arts qui m’a invité à y présenter mes illustrations. On a découpé l’exposition en trois thèmes correspondant aux trois salles : quelques dessins d’enfance, les premières illustrations de documentaires sur la découverte du monde et les originaux des « Derniers géants », puis un espace central dédié à « l’atlas des géographes d’Orbæ » et enfin, dans la troisième salle , les illustrations d’albums plus récents comme » rois et reines de Babel » et « l’enfant, le peintre et la mer ».

Le Lab’Albums : « le livre des navigateurs », « le livre des explorateurs », « le livre des marchands » ( Découverte Cadet Gallimard /1988-1990) trois remarquables livres-documentaires sont parmi tes premiers sur ce thème de l’Ailleurs …
François Place : Ces premiers livres sur « la découverte du monde » étaient à la fois un projet et une commande. Je voulais au départ ne faire qu’un seul livre, qui a existé, mais Pierre Marchand m’a suggéré ensuite de développer ce thème, foisonnant, sur plusieurs livres. Cela m’a demandé un travail de documentation en bibliothèque, la lecture de nombreux récits de voyage, et une approche iconographique, notamment en m’intéressant à l’histoire de la cartographie et la représentation des paysages, des pays et des peuples au fil des siècles.
Le LA :Viennent très vite ensuite » Les Derniers Géants » (coédition Gallimard-Casterman, 1992) : l’exploration, le voyage et la découverte de l’Autre dans son prolongement philosophique et éthique sont au cœur de cet album-fable, véritable coup de tonnerre dans l’édition, énorme succès, devenu »un classique ». Extraordinaire tant par l’écriture que le dessin .. ..

Concrètement, j’avais imaginé ce faux récit de voyage comme une suite de paysages et de scènes dans un story-board muet de 36 vignettes successives. Je ne pensais pas forcément écrire de texte. Puis, deux ou trois ans plus tard, j’ai découpé et collé un agrandissement de chaque vignette sur les pages de droite d’un carnet, en réservant les pages de gauche pour l’écriture du conte. on peut dire que toute la narration est d’abord venue du dessin.

F.P : C’est un peu le prolongement naturel des documentaires dont nous avons parlés et de cet album : cela me plaisait d’imaginer une collection de pays en me déportant aux époques où l’on pouvait encore « rêver » la planète, s’étonner ou s’émouvoir de l’étrangeté des mœurs à travers le monde, vivre autrement un rapport aux plantes et aux animaux, s’émerveiller devant des paysages totalement inconnus. L’alphabet m’a semblé être une porte d’entrée intéressante, puisqu’il est à la fois totalement arbitraire et totalement cohérent.
Le LA : Lui feront suite maints autres albums ou fictions qui nous transportent dans des espaces-temps divers aux quatre coins du monde : Afrique, Asie, continents imaginaires …

Le LA : l’ écriture est aussi au cœur de ton œuvre. Peux-tu nous dire quelle place elle tient dans ton travail ?

Le LA : Écriture, Lecture vont de pair. Aurais-tu en mémoire quelques livres « clés », sésames pour toi vers ces Ailleurs
J’ai plaisir à lire de la littérature de voyage peut-être parce que je suis un piètre voyageur. L’oeuvre de Nicolas Bouvier, notamment son grand récit « l’usage du monde » m’a emporté dès les premières pages et j’aime cette sensation de découvrir des paysages et des rencontres au travers des yeux d’un autre. Des livres comme « le désert des tartares » de Dino Buzzati ou « le rivage des Syrtes » de Julien Gracq me procurent cette même sensation de dépaysement et d’étrangeté, hors du temps et loin de tout ce qui fait notre quotidien.
Le LA : Et entre Lecture, Écriture, Dessin, quels sont les projets en cours ..
J’avance tout doucement sur d’autres histoires qui s’appuient sur ce double décalage d’un « ailleurs » dans le temps et d’un « ailleurs » dans l’espace, sous forme de contes illustrés.
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