Francine Foulquier le 14 avril 2025
JOURS COLORES Ramona Badescu et Amélie Jackowski
Albin Michel Jeunesse TrapèZe- 2018
« La couleur surtout et peut être plus encore que le dessin est une libération. »
Henri Matisse, Écrits et propos sur l’Art
Chauve-Souris danse, mais derrière ses pas légers, on perçoit vite qu’elle est animée d’un désir et d’une détermination farouches. « C’est pour cette branche parfaite qu’elle avait choisi cette maison imparfaite ». De cette recherche patiemment mûrie, nous lecteurs ne saurons rien durant plusieurs chapitres et attendrons, balancés entre incertitude et prévision.
D’une facture classique, le premier chapitre présente les personnages principaux et le sujet : Chauve-souris vient de quitter son pays, son lieu natal, sa maison paternelle La Grotte, pour s’installer seule dans ce pays nouveau L’Arbre. Quitter l’obscurité originelle pour se percher dans une maison «avec une vue incroyable» en haut de l’Arbre, le projet a de quoi surprendre.
«Depuis quand la vue intéresse-t-elle une chauve souris» se demande l’agent immobilier Maître Fouine ? Tout est dans cette question, émise dans la maison sur la branche, sur l’intranquilité du rameau. Et tout est là, dans la remise en question des habitudes, de l’attendu, dans la rupture. «Ce dont elle avait vraiment, vraiment envie, en même temps qu’elle en avait vraiment, vraiment peur, c’était d’aller dans le dehors du jour.»
Que cherche donc Chauve-souris ? Sans réponse, on poursuit la lecture. Ramona Badescu et Amélie Jackowski de concert donnent du corps à Chauve-Souris, à Ecureuil, à Ours, à Fourmi, à Hérisson, aux habitants de La Forêt. «La Forêt» est écrit en majuscules, plus loin s’ajoutent «Plein Champ» , «La Grotte»… Et reviennent en mémoire l’habitant de «La Marge» du Bal d’Automne et Ours et Fourmi croisés dans Derrière la brume, et l’on comprend, au fur et à mesure de la nomination, que Ramona Badescu décrit les territoires nouveaux de son pays de fantasy, topographie amorcée dans les romans précédents. « J’avais envie de parler d’une communauté, de faire l’histoire d’un lieu et, dans chaque récit, prendre un personnage dans un moment de bascule », explique-t-elle..
Alors, quelle est donc la recherche de Chauve-Souris ? Et bien notre amie de l’ombre est une artiste et les fruits et légumes qu’elle achète au marché ne lui sont qu’outils et matériaux de création ou d’expérience artistique, les mélangeant, les mettant en scène lors «d’installations» avec lesquelles elle va surprendre ses amis.
L’album ouvre ainsi une multitude de questions sur l’art, sur la représentation, la lumière, la différence de points de vue, le sensible, le regard, l’insaisissable…
Comme dans tous les livres de Ramona Badescu, albums ou romans initiatiques, héros et héroïnes s’affranchissent et le récit est le lieu des questions.
Une réussite que cet album tout de simplicité et de tendresse.
***